Rubrique Médicale
Préparation physique pour le compétiteur
A priori, il peut sembler surprenant de parler d’athlète pour qualifier un tireur de haut niveau.
Pourtant, si l’on se refère à certains partipants aux disciplines olympiques de tir, ce terme d’athlète trouve toute sa justification.
On peut citer par exemple, lors des derniers Jeux Olympiques d’Athènes, le cas des italiens Andrea BENELLI (médaille d’or au skeet à 44ans) et Giovanni PELLIELO (médaille d’argent à la fosse olympique) qui ne cachent pas l’importance pour eux d’un véritable programme de préparation physique, régulière et encadrée, pour accomplir ce type de performances.
En france, nul doute que le prestigieux palmarès de Michel CARREGA illustre parfaitement la complémentarité souhaitable entre le tir de haut niveau et la pratique d’activités physiques et sportives.
Justification de l’activité physique
Les tireurs de ball-trap n’ont pas en général la réputation d’être des sportifs accomplis, encore moins des athlètes, et il est vrai que nombre d’entre eux réalisent des performances en l’absence de tout programme d’entrainement physique.
Cependant, on sait depuis longtemps que la condition physique et la force musculaire jouent un rôle essentiel dans les aspects physiques et psychologiques de tous les sports, et il faut admettre qu’il en est ainsi pour ce qui concerne le ball-trap.
Ce sport requiert une aisance et une rapidité de mouvement, qui ne peuvent être obtenues sans un positionnement le plus efficace possible, biomécaniquement, de l’ensemble des muscles et des articulations sollicités.
Le tireur effectue de nombreux gestes répétitifs de soulèvement, épaulement, déplacement et abaissement de son arme, dont le poids est levé et mobilisé des centaines de fois. Le recul imposé par le tir au niveau de l’épaule et du cou fatigue les groupes musculaires sur lesquels il s’exerce, et qui doivent absorber cette énergie.
La longueur de certaines compétitions, parfois prolongées par des épreuves de barrages, provoque une fatigue musculaire générale non négligeable, bien que variable selon les diciplines pratiquées.
Devant toutes ces contraintes, on doit donc reconnaître que l’entrainement sportif et la recherche d’une bonne condition physique peuvent bien sûr apporter un bénéfice évident au niveau des performances de tir.
Bienfaits principaux de l’activité physique
En dehors des effets favorables sur l’état de santé en général, l’exercice physique peut procurer trois types de bénéfices dans la pratique du ball trap :
Améliorer la tenue de l’arme et le mouvement de "swing"
L’entretien musculaire général augmente la capacité à maintenir fermement le poids du fusil, et à le déplacer de façon souple et fluide, mais si besoin agressive, vers la cible mobile. Il apporte une position d’attente plus détendue, mais aussi un temps de réaction plus rapide.
Aide à mieux résister à la fatigue en acquérant de l’endurance.
La pratique de sports d’endurance (avec un effort aérobie)comme la course, le jogging, la natation ou le vélo, améliore l’efficacité du système cardio-vasculaire et respiratoire.
Cela permet d’être moins perturbé par la fatigue générale engendrée par les longues compétitions, ou même par les séances d’entrainement au tir, beaucoup plus productives lorsqu’elles sont moins éprouvantes physiquement.
Développer mentalement une attitude et une psychologie positives.
Le tireur qui investit du temps et de l’energie dans une préparation physique complémentaire, tout cela avec des objectifs précis, se sent obligatoirement mieux disposé et plus confiant en lui.
Ce climat psychologique favorable, mérité grâce aux efforts consentis, lui renvoie une meilleure image de lui-même, indispensable à l’acquisition d’un mental de gagnant.
D’autres effets positifs intéressants sont à attendre de la pratique d’une activité physique régulière :
- aider à maintenir son poids idéal
- renforcer les muscles et donner davantage d’énergie
- développer la faculté de relaxation
- combattre l’anxiété et mieux gérer le stress
- améliorer la qualité du sommeil
Modalités de cette activité
L’entrainement physique et sportif doit être envisagé comme une activité parallèle, complémentaire, susceptible de procurer des avantages significatifs moyennant un investissement modéré en temps.
Cette activité ne doit en aucun cas remplacer partiellement la pratique du tir, ni empiéter sur le programme dévolu aux entraînements de tir, et on peut privilégier les inter-saisons sportives pour y consacrer davantage de temps.
Les meilleurs résultats sont obtenus au prix d’un entrainement physique régulier, car l’absence d’exercice provoque la fonte musculaire, et il faut savoir que l’endurance se perd trois fois plus vite qu’elle ne se gagne.
Il faut cependant éviter toute fatigue sportive trop rapprochée d’une compétition importante.
Un programme d’entraînement physique doit être varié pour éviter la lassitude et la saturation, et il peut bien sûr alterner des exercices purement musculaires (travail avec des poids et haltères) et des exercices d’endurance (course à pied par exemple).
La montée en puissance doit rester très progressive (modifiant la durée de l’effort, la longueur de la course, la répétition des mouvements, l’augmentation des poids soulevés), mais elle est indispensable à l’obtention de résultats répondants aux objectifs fixés.
Les types de sports permettant d’améliorer la respiration et la fonction cardio-vasculaire sont bien connus : marche, jogging, natation, vélo.
Les exercices recommandés pour acquérir davantage de force et d’endurance musculaire, ainsi qu’une résistance accrue des os, tendons et ligaments, sont plus spécifiques.
Dans la pratique du ball-trap, les tireurs n’utilisent qu’une part minoritaire de leur force pour se déplacer, marcher et se tenir debout.
La force musculaire est surtout utilisée pour manipuler, soulever et balancer le fusil, et également pour s’opposer et résister au recul. Un programme complet de mise en forme utilise idéalement la totalité des muscles de l’organisme, mais on peut se contenter ici de chercher à développer les muscles les plus sollicités, qui sont d’ailleurs beaucoup plus nombreux dans la ball-trap que dans le tir à la cible ou même le tir à l’arc.

Il serait trop long et trop complexe de décrire les mouvements d’entrainement recommandés pour chaque muscle, mais il est intéressant de connaître les principaux muscles mis en jeu, et qui devraient être privilégiés dans un programme spécifique, si possible encadré par un moniteur compétent :
Les muscles du cou (avant et arrière) : positionnent et maintiennent la tête en avant et contre la crosse.
Les trapèzes : assistent les épaules dans la montée du fusil.
Les deltoïdes : soulèvent et mantiennent l’arme à une certaine hauteur (position d’attente).
Les triceps : étendent les bras lors de la montée de l’arme.
Les biceps : fléchissent les avant-bras et retiennent l’arme contre l’épaule.
Les fléchisseurs et extenseurs des poignets : supportent le poids du fusil et assurent la préhension de la crosse.
Les pectoraux : subissent une partie du recul (talon de la crosse).
Les dorsaux : descendent l’arme après le tir.
Les abdominaux : maintiennent le tronc en position de tir (penché en avant).
Les muscles lombaires : stabilisent et vérouillent le dos et lacharnière lombo-sacrée.
Les quadriceps : supportent le poids du corps (tonus musculaire des cuisses), surtout lors du tir avec les genoux fléchis.
Conclusion
La recherche d’une condition physique optimale, par la pratique d’un entraînement sportif et musculaire régulier, est certainement importante pour un tireur de haut niveau qui veut atteindre son potentiel maximal.
Si la resistance physique peut devenir un atout primordial pour le tireur en quête de performances individuelles, la force globale d’une équipe aspirant à un résultat collectif dépend aussi bien sur de la force de chacun de ses éléments.
L’expérience des competitions étalées sur plusieurs jours, avec le stress engendré, la fatigue du déplacement et les aléas climatiques, démontre bien que certains tireurs éprouvent parfois une baisse de forme physique assez subite, un "passage à vide" transitoire, qui compromet souvent tout espoir de performance finale.
Beaucoup de grands champions sont naturellement doués et consacrent un temps suffisant à l’entrainement au tir, mais la différence au plus haut niveau peut se faire sur d’autres facteurs annexes et l’entretien d’une bonne forme physique et musculaire n’est qu’un de ces facteurs, parmi d’autres comme l’hygiène de vie générale, l’équilibre alimentaire, le souci d’un repos et d’un sommeil suffisants, et la préparation psychologique.
Tout cet ensemble contribue au succès et à la réussite, mais il est bien évidemment difficile de chiffrer la seule part imputable à la force musculaire et à l’endurance physique.
Selon un coach américain bien connu (T. Migdalski), elle ne serait peut-être que de 5%, ce qui parait bien mince, mais sûrement pas négligeable : en effet, quel grand champion peut s’offrir le luxe d’accepter d’avance de rater 5% des plateaux qu’il tire ?
Dr Marc Vouaux, médecin fédéral national
Les contre-indications à la pratique du Ball-Trap:
Il est demandé un visa médical attestant l’absence de contre-indication à la pratique du ball-trap, et les nouvelles licences comportent un emplacement prévu à cet effet. Ce certificat du médecin traitant est obligatoire chaque année pour tous tireurs s’inscrivant à des compétitions régionales ou nationales organisées par la F.F.B.T, et même pour les tireurs ne pratiquant que le tir de loisir (notamment pour des raisons d’assurance en cas d’accident)
Nous sommes assez souvent contactés par des tireurs ou par des médecins qui souhaitent connaître les contre-indications figurant dans notre règlement médical, et il semble utile de les rappeler à nouveau ici, car il est impossible de répondre individuellement à chacun. Le tireur qui veut informer son médecin traitant peut donc lui fournir une copie de ces dispositions lors de l’établissement du certificat.
L’âge minimum requis est de 12 ans
Si l’initiation au tir d’un enfant de moins de 12 ans révolus peut être laissée à la responsabilité de ses parents, l’accès aux compétitions lui est interdit.
Les contre-indications temporaires
- suites de chirurgie de l’épaule (coiffe des rotateurs du côté du bras dominant
- suites de chirurgie vertébrale (surtout cervicale mais aussi lombaire)
- handicap fonctionnel transitoire des membres supérieurs (par exemple après chirurgie de la main)
- traitements neuroleptiques ou antidépresseurs, lourds et prolongés
- infections évolutives graves en cours de traitement, avec répercussion importante sur l’état général et les capacités physiques
- maladies cardio-vasculaires (coronariennes) récemment opérées ou traitées, et/ou non équilibrées sur le plan thérapeutique
Les contre-indications absolues et définitives :
- déficits visuels graves, non améliorables par correction optique ou par chirurgie
- prothèse d’épaule du côté du bras dominant
- troubles neuropsychiatriques anciens et sévères, faisant ou ayant fait l’objet d’une prise en charge spécialisée (avec éventuellement séjours hospitaliers)
- épilepsie, pertes de connaissance, vertiges, troubles de l’équilibre
- infections morphologiques statiques et/ou dynamiques sévères, en particulier du rachis dorsolombaire, avec risque de pathologie aiguë ou de dégradation accélérée.
- infections cardiaques avec troubles du rythme à l’effort et/ou insuffisance ventriculaire gauche
Toute pathologie grave, mettant en jeu le pronostic vital, ou parvenue à un stade terminal à court ou moyen terme.
Dans l’ensemble, on peut voir que certaines contre-indications sont assez générales, communes avec d’autres sports, mais que d’autres sont assez spécifiques au ball-trap, en rapport avec les traumatismes répétés imposés par le recul de l’arme, ou liées à la nécessité d’une bonne coordination psychomotrice.
Enfin, la notion de perturbations psychologiques ou de troubles psychiatriques, faisant ou ayant fait l’objet d’une prise en charge médicale particulière, est à bien prendre en considération dans la perspective de l’utilisation d’une arme à feu en présence ou à proximité de nombreux autres individus, tireurs ou spectateurs.
Sport et Nutrition:
La nutrition étudie l’ensemble des processus mis en jeu lors de l’absorption et de l’utilisation des aliments et des boissons par l’organisme. Beaucoup d’études ont été consacrées aux effets d’une bonne alimentation sur la qualité des résultats sportifs. A côté des aspects techniques, physiques et psychologiques de la préparation sportive, les considérations diététiques peuvent en effet jouer un rôle essentiel dans l’accomplissement oul’amélioration de la performance. La nutrition occupe donc une place importante au sein du programme d’entraînement global suivi par un sportif de haut niveau.
I-LES ALIMENTS
II existe trois grandes catégories d’aliments, auxquels s’ajoutent !es vitamines et les minéraux, qui interviennent chacun de façon différente dans les processus de croissance, d’apports énergétiques et de régulation métabolique.
Les lipides :
1 gramme de lipide apporte 9 Kcal. Ces substances sont les plus riches en calories, et représentent une source de chaleur et d’énergie concentrée, mise en réserve et non utilisable rapidement. On en distingue deux catégories : Les graisses saturées, d’origine animale (beurre, lard), potentiellement nocives pour l’organisme (prise de poids, artériosclérose).
Les graisses insaturées:
Les protides :
1 gramme de protide apporte 4 Kcal. Ces substances sont essentielles pour le développement et la croissance de l’être humain, sans être une source d’énergie, car l’organisme ne les met pas en réserve. Elles fournissent la matière (acides aminés] indispensable à la formation et au renouvellement des tissus (muscles, peau, os) et à la synthèse des hormones. Certains acides aminés, dits "essentiels", ne peuvent être produits par l’organisme, et doivent donc être apportés par une alimentation équilibrée. Les protéines sont surtout fournies par les aliments d’origine animale (viandes, poissons, œufs, lait) et il faut privilégier les viandes blanches (poulet, dinde) et les laitages, moins gras que le bœuf ou le porc.
Les glucides :
1 gramme de glucide apporte 4 Kcal Ils représentent une source d’énergie rapidement voire immédiatement disponible, et appartiennent à deux catégories :
Les sucres rapides ou simples:
On en trouve dans les pâtisseries, les confiseries, les gâteaux, les sodas et les boissons sucrées. Débarrassés de leurs libres et de leur contenu minéral et vitaminique, ils sont très rapidement absorbés par l’organisme, provoquant alors une élévation du taux de sucre dans le sang. Mais cet apport rapide d’énergie est de courte durée, en raison d’une décharge réactionnelle d’insuline qui fait chuter le taux de sucre.
Les effets ressentis, fatigue et somnolence, incitent à consommer de nouveau un sucre rapide, entraînant alors une réaction en chaîne par cercle vicieux.
Les sucres lents ou complexes:
Les plus bénéfiques, ils favorisent la digestion et le transit intestinal. On en trouve dans les céréales, les féculents, les pâtes, les farines et les pommes de terre.
II- L’EAU
Elle est un élément indispensable à la vie, et il faut rappeler que 60 à 70% du poids du corps humain est composé d’eau. Elle est apportée en partie par les aliments, et en grande partie par les boissons, celle ration essentielle imposant une ingestion de liquide minimale de 1 litre ou 1,5 litre par jour.
A l’entraînement ou en compétition, lors d’efforts physiques prolongés, une mauvaise réhydratation aboutit à une baisse certaine des performances sportives. Au cours de l’effort, la consommation d’énergie augmente, et cette énergie est libérée par la dégradation des aliments. La production de chaleur qui en résulte génère une augmentation de la température du corps, et l’organisme doit se débarrasser de l’excès de chaleur grâce à divers mécanismes de régulation, dont le principal est la sudation. Lors d’un effort soutenu, un sportif peut ainsi perdre facilement 1 à 5% du poids de son corps en eau et jusqu’à 10%, soit 6 litres de transpiration pour un marathonien.
III_LES VITAMINES ET LES MINERAUX
Les vitamines :
Ces substances indispensables au fonctionnement normal de l’organisme n’ont aucune valeur énergétique, et l’organisme ne les stocke pas. L’apport doit être quotidien et régulier, même si les doses nécessaires sont quantitativement intimes. Les principales vitamines relèvent de deux groupes : les hydrosolubles (C. P. UI. 132. BI2) et les liposolubles (A. D. K)
Les minéraux :
Ils sont nécessaires au bien-être physique et mental, et peuvent entrer dans la constitution des dents, des muscles, des os, du sang et des cellules nerveuses. Ils aident au maintien d’un bon équilibre hydrique dans l’organisme. Les principaux sont le sodium, le potassium, le magnésium, le phosphore et le fer.
Tous ces éléments vitaminiques et minéraux sont apportés par les produits laitiers, les (œufs, la viande et le poisson, les légumes, les fruits secs, les céréales et certaines huiles (foie de morue). Mais certains facteurs peuvent entraîner une déplétion en vitamines et en minéraux, avec diminution de leur quantité et de leur activité.
Il en est ainsi :
- de boissons (alcool, calé, thé).
- de médicaments (laxatifs, diurétiques, antibiotiques).
- de moyens de préparation alimentaire (friture, cuisson exagérée, mise en conserve)
- de facteurs d’environnement (stress, convalescence, manque de sommeil, fièvre, manque ou au contraire excès d’exercice physique)
IV - CONSEILS PRATIQUES
L’alimentation :
La ration alimentaire quotidienne devrait idéalement être constituée de 20% de protides, 40% de glucides et 40% de lipides.
Il est clair qu’une bonne hygiène nutritionnelle doit se concevoir tout au long de l’année, et que les bonnes habitudes doivent être conservées juste avant et pendant la compétition.
Le petit déjeuner, qu’il ne faut surtout pas " sauter " est le repas le plus important, à ingérer au moins une heure et demie ou deux heures avant tout effort. Il doit comporter des éléments simples et énergétiques, faciles à digérer, comme le lait écrémé, les yaourts, les céréales, le pain, les fruits et les jus de fruits. Il faut limiter les sucres rapides (confitures, pâtisseries) et éviter les œufs frits et le bacon qui ralentissent la digestion et l’évacuation de l’estomac. Il faut se méfier de toute excentricité alimentaire le matin, notamment à l’étranger, en voulant goûter à des produits exotiques ou épicés que l’organisme n’a pas l’habitude d’assimiler.
Le déjeuner : dans la journée est conditionné par les horaires de tir, et par le temps libre éventuel entre chaque série. Il est exclu d’envisager un repas complet si le temps imparti est trop limité, car une bonne digestion (consommatrice de calories) demande au moins une heure et demie.
Le tireur choisira un repas léger, comportant par exemple une salade ou un sandwich aux crudités, une viande blanche (dinde, poulet grillé), et un dessert digeste comme un yaourt, un fruit, ou une compote de pommes.Il évitera les aliments frits et très gras, les sauces ou épices, et les hamburgers.
Le dîner du soir : devra être pris à une heure pas trop tardive, et, si les restrictions sont moindres, la préférence sera donnée aux sucres lents (pâtes, pommes de terre) et aux protéines (poissons et viandes)
Tout abus en quantité calorique risquera d’être préjudiciable aux performances du lendemain.
Les boissons :
Seule l’eau est une boisson indispensable, et la boisson idéale pour le sportif reste l’eau fraîche mais non glacée (entre 10 et 15°), éventuellement un peu enrichie en sucre (10 à 20 grammes/litre) et en sodium (2 à 3 grammes/litre). Le sportif doit se fier à sa soif, mais en cas de forte chaleur et de sudation importante, la sensation de soif peut s’avérer trompeuse. Il faut donc boire régulièrement, idéalement toutes les quinze minutes, avant, pendant et après l’effort.
La quantité d’eau qu’un sujet peut absorber dépend de son poids corporel et peut être estimée à un volume de 100 à 200 ml tous les quarts d’heure (variable en fonction des conditions climatiques). Si le niveau de déshydratation dépasse 5% du poids corporel, une complication grave peut survenir : le coup de chaleur. La peau est chaude et sèche, la température monte (jusqu’à 41°), le rythme cardiaque s’accélère et la tension artérielle peut augmenter. Le sujet ressent des maux de tête, une certaine somnolence, parfois des frissons, et il est inutile de préciser qu’une baisse de performance est la conséquence inévitable de cet état de déshydratation.
Les autres boissons sont secondaires :
- Le lait ne désaltère pas, mais peut neutraliser en partie l’acidité gastrique.
- Les sodas et autres boissons sucrées sont souvent trop riches en sucres rapides, donc à éviter sauf en petite quantité, et si possible sans sucre et sans caféine.
- Le café paraît tentant, mais l’excès de caféine (pouvant positiver les contrôles antidopage) risque de majorer l’anxiété et la nervosité, de provoquer des maux de tête et des insomnies, d’augmenter la sensation de faim et l’acidité gastrique, et de favoriser la déshydratation (effet diurétique)
- Les " boissons énergétiques " spécialement conçues pour les sportifs, souvent enrichies en caféine, vitamines et minéraux, mais surtout riches en sucres rapides, sont à déconseiller (certaines étant d’ailleurs interdites en compétition)
- Quant à l’alcool, en dehors d’une petite quantité éventuellement consommée lors du dîner, il ne saurait être recommandé à un sportif en quête de performances et de résultats.
CONCLUSION
Le tireur de haut niveau, qui participe à des compétitions durant plusieurs jours, peut être amené à dépenser davantage d’énergie (dans une seule journée) qu’un sportif durant une heure de football ou de basket-ball.
Il ne peut donc ignorer les règles élémentaires de diététique, au risque d’en subir les conséquences néfastes au niveau de la qualité de son tir.
Une alimentation inadaptée en qualité ou en quantité, ou des boissons déconseillées, avant ou pendant une compétition, peuvent provoquer de la fatigue, un manque d’endurance, une irritabilité, des difficultés à gérer le stress, ou encore des désagréments urinaires ou digestifs (douleurs abdominales et troubles du transit). Toutefois, il n’existe pas de " régime type " ni de propositions diététiques spécifiques à la pratique du tir, et il faut tenir compte des particularités physiques et physiologiques de chaque individu. On pourrait conseiller à un tireur de haut niveau, lors de l’entraînement ou lors de compétitions peu importantes, de faire si nécessaire des expériences alimentaires et de tester ses réactions à différents types de boissons ou d’aliments, afin de ne pas commettre d’erreur regrettable le jour d’une grande occasion sportive ou d’un grand championnat.
Docteur Marc VOUAUX, Médecin fédéral national.
Référence :
La diététique au quotidien, A. Siméon de Robert, Ed. SAEP.
The complete book of shotgunning games, T. Migdalski, Master press, 1997.
Médecins du sport, n°4, avril-mai 1996, sport et hydratation, p.27-28.
Médecine du sport, n° 5, décembre 1995, l’eau dans l’alimentation du sportif, p. 260-267.
Le coup de doigt, une hantise pour certains tireurs
Rares doivent être les tireurs qui n’ont jamais entendu parler du " coup de doigt ", à défaut de l’avoir eux-mêmes déjà expérimenté. Ce problème particulièrement pénible et agaçant, touchant préférentiellement les débutants et les vétérans, est par ailleurs un facteur d’échec quasiment assuré dans l’accomplissement d’une performance, donc une cause d’insuccès. Il semble concerner plus facilement les disciplines pratiquées avec le fusil épaulé, et il est bien connu aux USA, notamment chez les champions de trap américain.
1-Définition
Pour définir ce phénomène du " coup de doigt " il est intéressant de se référer à sa dénomination anglo-saxonne : flinching, le verbe " flinch " signifiant fléchir, reculer, renoncer.
L’ordre mental de tirer est donné par le cerveau quand il a bien intégré le processus d’information visuelle sur la position du fusil et sur la trajectoire du plateau. Lors d’un " coup de doigt ", le cerveau a bien donné à l’index la consigne de presser sur la détente, mais il ne se passe rien, alors que souvent le tireur est persuadé d’avoir appuyé.
Il s’agit donc d’une réaction psychomotrice, à la fois physique et mentale, engendrée par l’anticipation d’une situation difficile ou douloureuse. Ainsi, il n’est pas rare de voir un débutant fermer les yeux au départ du coup, par appréhension, sans forcément d’ailleurs rater son plateau (pour s’en assurer, il suffit de lui demander s’il a vu le plateau se casser).
De toutes façons, ce " coup de doigt " conduit inéluctablement à une hésitation dans le mouvement, empêchant un swing continu et régulier, et aboutissant parfois à l’arrêt complet du fusil, ou à un geste incoordonné d’abaissement des canons au moment de presser la détente, le tireur paraissant alors trébucher et faire deux ou trois pas en avant.
2- Les diverses causes possibles
Les causes d’ordre matériel ou technique:
Avant tout, il peut s’agir d’une mauvaise adaptation de l’arme utilisée.La crosse peut être trop longue, ou dotée d’un espace trop important entre la queue de détente et la face antérieure de la poignée pistolet.
La préhension de la crosse (appui-paume trop volumineux), avec une main tournée au-dessus de la poignée, peut entraîner un geste de torsion de la détente vers l’extérieur, au lieu d’une pression directe vers l’arrière.
Une pente trop importante, empêchant de voir une partie de la bande, facilite un retard dans la perception du plateau, et dans la transmission du signal visuel au cerveau.
Certaines anomalies mécaniques du fusil peuvent aussi favoriser un coup de doigt (notamment entre le 1er et le 2e coup) comme un ressort de rappel de détente fatigué ou cassé, une perturbation du décrochage chien/gâchette, ou une course trop longue de la masselotte de réarmement : il faudra bien savoir différencier ces incidents d’un non-relâchement involontaire de la détente par le tireur entre les deux coups.
La qualité des départs de l’arme utilisée revêt une importance non négligeable, et il est classique de penser que des poids de départ trop élevés favorisent les coups de doigt. Mais il s’agit en fait d’une question de préférence personnelle et surtout d’habitude (d’où les fréquents problèmes rencontrés lors des changements de fusil).
S’il faut bien sûr éviter les départs qui " grattent " avec une course longue de détente et une absence de netteté, il ne faut pas se contenter de rechercher à tout prix une arme dotée d’un poids de départ très faible.
Les causes d’ordre mental ou psychologique:
En premier lieu, il peut s’agir d’une peur ou d’une appréhension, surtout chez les débutants : crainte de l’arme, peur du recul, de la détonation et du bruit, méfiance vis-à-vis de la puissance d’une cartouche. Le subconscient du tireur refuse simplement de laisser le corps subir une nouvelle agression physique, ce qui se traduit par le coup de doigt.
Il peut aussi s’agir d’une anxiété importante, en rapport avec des soucis personnels, ou générée par un enjeu comme c’est le cas en compétition, et il est clair que certains tireurs n’ont jamais ou rarement de coups de doigt lors de l’entraînement. Le désir de vouloir trop bien faire et la peur de rater (par exemple un plateau difficile ou très technique) ont souvent un effet pervers, en imposant inconsciemment au cerveau de vérifier et de parfaire encore l’alignement de l’arme alors que c’est le moment de tirer.
Les conditions d’environnement:
Elles sont également susceptibles de favoriser le coup de doigt.
Ainsi, le froid avec un certain degré d’ankylose musculaire, ou la mauvaise visibilité, à l’origine d’une réaction plus lente et d’une diminution globale des réflexes. Le port de vêtements chauds, épais mais inadaptés à un bon positionnement du fusil au niveau de l’épaule, ne fait de plus qu’aggraver les choses.
3 - Les solutions
Elles découlent des différentes causes étudiées précédemment, et paraissent assez faciles à mettre en œuvre au cas par cas, même si le résultat n’est pas toujours aussi satisfaisant qu’on le voudrait.
Sur le plan technique et matériel, on surveillera :
- L’efficacité et la qualité de la protection auditive utilisée, pour ne pas appréhender la détonation.
- L’intensité du recul, à maîtriser au mieux grâce au choix de cartouches appropriées, à l’installation d’un dispositif anti-recul sur la crosse, ou encore à l’adoption d’un fusil automatique à emprunt de gaz.
- La mise en conformité et l’adaptation du fusil, aussi parfaite que possible, surtout pour la pente et la longueur de crosse.
- La forme et le volume de la poignée pistolet, devant procurer un " grip " facile et sans tension musculaire sur la main et le poignet.
- La position de la détente, et sa possibilité éventuelle de réglage permettant au tireur de choisir une technique constante de pression, soit avec l’extrémité de l’index (pulpe de la dernière phalange), soit avec le pli de flexion inter-phalangien.
- Le poids des départs, avec une valeur idéale se situant aux environs de 2 kg, parfois un peu plus lourd pour le deuxième coup, en évitant tout ce qui est inférieur à 1,5 kg.
On aurait tort de penser qu’un coup de doigt a d’autant moins de chances de se produire que l’arme dont on dispose possède des départs très légers. Des départs très légers sont parfois dangereux, et peuvent au contraire entraîner des coups prématurés, avant même d’être sur le plateau. À la différence du tir de précision à la carabine, qui requiert des départs très sensibles, le tir aux plateaux se fait en mouvement, et l’effort de pression sur la détente ne peut avoir de réelle influence sur la précision de placement de la gerbe.
Sur un grand plateau " traversard ", accompagné par un mouvement relativement long, le tireur muni d’un fusil aux départs trop légers risque d’appuyer progressivement sur la détente et de déclencher le coup involontairement, avant le moment choisi.
Sur le plan physique, il faudra :
- Rechercher un repos et un sommeil de qualité, avant toute compétition, car la fatigue est une grande pourvoyeuse de coups de doigt.
- Éviter toute fatigue visuelle inutile, telle que celle provoquée par le soleil ou les atmosphères enfumées.
- Bien placer ses yeux et bien se préparer avant la demande du plateau, un coup de doigt résultant parfois d’une vision trop tardive de la cible.
- Se relaxer dans la mesure du possible entre chaque plateau (fosse) ou entre chaque poste (parcours), en s’aidant d’une respiration profonde et lente pour oxygéner au mieux le cerveau.
- Limiter la consommation de boissons alcoolisées ou d’excitants (café, vitamine C) qui perturbent la coordination psychomotrice.
Sur le plan psychologique
- Une bonne préparation mentale doit permettre de développer une attitude positive de gagnant et un regain de confiance en soi, car la peur de rater peut déclencher un coup de doigt, puis, la crainte d’un nouveau coup de doigt majore alors l’anxiété, favorisant par un cercle vicieux de nouveaux coups de doigt conduisant à l’échec.
- L’effort de concentration doit être à son maximum en ne pensant qu’au plateau que l’on s’apprête à tirer (et pas aux plateaux touchés ou ratés précédemment).
- La focalisation visuelle sur la cible doit rester intense, afin d’optimiser la coordination entre le cerveau et le reste du corps, pour que l’ordre de tirer ne soit transmis qu’au moment où une parfaite synergie est obtenue entre le mouvement du tireur (et de son arme) et la position du plateau.
4 - Conclusion
Le " coup de doigt " est une affection qui peut se développer soudainement, aussi bien chez des débutants que chez des tireurs confirmés, perturbant grandement les capacités de tir et les résultats, et pouvant aboutir, sinon à une préoccupation obsessionnelle, du moins à un certain désagrément incompatible avec le plaisir de tirer. Si les causes peuvent en être multiples, elles sont souvent intriquées, ce qui impose une analyse soigneuse de tous les paramètres mis en jeu, avant d’essayer de trouver un " remède " qui ne sera jamais miraculeux. Dans tous les cas, il faut dédramatiser le problème, car une véritable spirale infernale risque d’apparaître, avec une accentuation du phénomène provoquée justement par la crainte de le voir survenir.
Dr Marc Vouaux, médecin Fédéral national
Les Problèmes liés au Recul et leur Prévention
Le recul d’un fusil peut être considéré comme l’ennemi principal du tireur, un ennemi qu’il est souhaitable de bien connaître afin de pouvoir mieux le combattre et le maîtriser. Cette nuisance inévitable constitue d’ailleurs souvent l’appréhension majeure des débutants, des jeunes ou encore des femmes qui découvrent le ball-trap. A la chasse, avec le tir occasionnel de quelques cartouches par sortie, c’est une préoccupation qui peut sembler secondaire.
Mais dans le tir sportif, du fait du grand nombre de cartouches consommées à l’entraînement ou en compétition, et souvent à des cadences soutenues, c’est un facteur très important à prendre en considération.
Définition et compréhension du recul
Selon une loi de physique, il est admis que toute force possède une force contraire, de réaction dont l’intensité est équivalente. Lors du départ d’une cartouche, la force théorique qui fait reculer le fusil contre l’épaule du tireur est équivalente à celle qui propulse la charge de plomb à l’extérieur des canons, en pratique, une grande partie de cette énergie est heureusement absorbée par le poids de l’arme, très nettement supérieur à la charge de la cartouche, ce qui ralentit l’accélération de la crosse vers l’arrière. Sinon, si le fusil avait le même poids que la charge de plomb, il reculerait contre l’épaule à la même vitesse que celle de la cartouche.
Il existe une formule assez complexe pour calculer l’énergie produite par le recul, en fonction du poids de l’arme, du poids et de la vitesse de la charge de plomb, du poids de la charge de poudre et de la vitesse des gaz à la bouche du canon. On comprend que le recul sera d’autant plus conséquent que la vitesse de la cartouche sera grande, et que la charge de plomb ou de poudre sera importante (facteurs souvent corrélés).
Inversement, ce recul sera d’autant plus réduit que le poids de l’arme sera élevé. Mais les choses ne sont pas si simples et nous verrons plus loin que d’autres particularités, inhérentes à l’arme utilisée, pourront avoir une influence sur l’intensité énergétique du recul. Pour donner une idée imagée de la brutalité du choc provoqué par le recul, on a pu le comparer (par des mesures précises) avec le choc que produirait un poids de 500 grammes tombant d’une hauteur de 75 mètres directement sur l’épaule d’un individu couché à terre sur le dos.
Les dommages physiques provoqués par le recul
Quand on a bien réalisé l’importance de l’énergie produite par le recul en direction du tireur, avec l’épaule pour cible directe, on imagine aisément que cela puisse provoquer des lésions plus ou moins sérieuses, à l’instar d’autres sports comme la boxe, les arts martiaux ou le rugby, où les traumatismes de l’épaule sont habituels. Nous allons voir comment apparaissent ces lésions et quels sont leurs types.
Les circonstances de survenue :
Certains problèmes peuvent survenir occasionnellement, souvent en raison d’une faute technique comme un mauvais positionnement de la crosse (trop haute ou trop basse, trop à l’intérieur ou trop à l’extérieur), un défaut de tenue ou de maîtrise de l’arme favorisant le glissement du talon de la crosse entre les deux coups.
Parfois, c’est la conséquence d’un problème de matériel, comme l’utilisation d’un fusil mal adapté (ou emprunté par exemple), le port d’un gilet ou d’un vêtement faisant des plis et gênant la mise en place optimale de la crosse, ou encore l’absence de vêlement sous le gilet.
Plus rarement, il s’agit d’une mauvaise planification de la saison, avec renforcement brutal de la cadence d’entraînement ou accumulation de compétitions rapprochées.
D’autres problèmes, les plus sérieux et les plus gênants à moyen et long terme, sont le fait d’une pratique intensive du ball-trap et concernent donc des tireurs confirmés, voire de haut niveau, ayant en principe une parfaite maîtrise de la technique et du matériel, mais qui « brûlent » des dizaines de milliers de cartouches en quelques années.
Ici c’est la répétition des traumatismes ou de micro-traumatismes provoqués par le recul contre les mêmes structures du corps (épaule, thorax, tête et cou) qui peut induire à la longue des lésions à tendance chronique, compromettant alors la poursuite de la pratique du tir dans de bonnes conditions de confort et de plaisir.
Les différents types de lésions :
1) Les lésions bénignes, occasionnelles, sont variées et on peut rencontrer :
Une simple abrasion cutanée, ou un petit hématome (ecchymose) au niveau de la face antérieure de l’épaule, de la joue (pommette) ou de la mâchoire.
Une plaie du majeur provoquée par le contact brutal du pontet de l’arme contre ce doigt. Un traumatisme du nez occasionné par le choc contre la base du pouce (cas d’une crosse trop courte).
Un hématome plus important, qui peut se produire au niveau de la face externe de l’épaule (muscle deltoïde) ou au niveau du thorax (muscle pectoral ou sein chez une femme).
Un tableau de tendinite aiguë du biceps (dont le tendon se trouve directement dans la zone d’appui du talon de la crosse), qui sera difficile à traiter sans une interruption momentanée du tir pendant plusieurs semaines.
Une contusion ou une subluxation de l’articulation acromio-claviculaire, à la partie supérieure de l’épaule, en fait plus rare. Des céphalées (maux de tête) plus ou moins importantes, faisant suite aux résonances sonores et mécaniques (fusils automatiques), aux secousses et vibrations imposées à la tête (et au cerveau) lors d’une séance de tir éprouvante.
L’aspect parfois fatigué et « assommé » de certains tireurs à la fin d’une compétition, surtout par temps chaud, rappelle à certains égards le faciès abattu des boxeurs à la fin d’un match difficile.
2) Les lésions plus sérieuses, d’installation progressive et devenant chroniques, intéressent l’épaule et le bras, le cou (colonne cervicale), et parfois l’avant-bras.
Au niveau de l’épaule :
La répétition des chocs directs peut favoriser l’installation d’une tendinite chronique du long biceps ou parfois d’une tendinite de la coiffe des rotateurs (muscles servant à élever le bras latéralement et à le propulser en avant ou en arrière)

Epaule
Mais la simple position épaulée exerce déjà une traction sur certains muscles antérieurs de l’épaule. Ces trois muscles (coraco-brachial, court biceps et petit pectoral) s’insèrent sur un relief de l’omoplate : l’apophyse coracoïde.
Lors du recul, il s’exerce sur cette apophyse, par l’intermédiaire du talon de la crosse, des forces de traction et de compression très importantes, et l’écrasement musculaire lors de chaque tir peut engendrer à la longue une souffrance de l’épaule, parfois quasi immédiate mais souvent ressentie le lendemain ou le surlendemain de la séance.
Au Eats-Unis, on a rapporté de rares observations de fractures dites « de contrainte ou de fatigue » de l’apophyse coracoïde, chez des tireurs de ball-trap tirant énormément (professionnels ou de haut niveau) à raison de plusieurs centaines de cartouches par semaine.
Ces fractures ne sont pas provoquées par un seul traumatisme violent mais par des contraintes mécaniques inhabituelles par leur intensité et leur répétition.
Elles se constituent progressivement et leur diagnostic n’est en général fait qu’au bout de plusieurs semaines, après avoir été confondues au départ avec de simples lésions tendineuses ou musculaires.
Enfin, il est probable que l’accumulation dans le temps de toutes ces lésions autour de l’épaule favorise à long terme l’évolution vers une arthrose de l’épaule (gléno-hurnerale) ou de la clavicule (acromio-claviculaire).
Au niveau de la colonne cervicale :
Le retentissement du recul n’est ici qu’indirect, les vertèbres du cou et les muscles environnant (surtout les trapèzes) servant de zone d’absorption secondaire de l’onde de choc. En effet, une partie faible de l’énergie du recul est transmise à la tête puis au cou par le biais de la joue, alors que la plus grande partie est dirigée sur l’épaule. Mais l’épaule est en faite reliée sur le plan anatomique et fonctionnel à la région cervicale, ce qui explique le double impact du recul avec un contrecoup cervical de l’ébranlement de l’épaule.
Le tireur concerné va ressentir de plus en plus souvent une sensation de raideur cervicale avec contraclures musculaires, une difficulté à tourner la tête ou à tendre le cou en arrière, parfois un pseudo torticolis, et progressivement une impression de grincement ou de craquement en remuant la tête. Comme pour l’épaule, cette gêne peut survenir pendant le tir, voire un jour ou deux après les séances, mais elle peut devenir plus ou moins permanente, avec tous les signes d’une arthrose cervicale et quelquefois une position vicieuse (déformation irréductible), la tête inclinée de côté.
Il faut quand même savoir que cette arthrose cervicale est une pathologie banale, débutant souvent très précocement (avant trente ans) et il faut admettre que le tir intensif doit favoriser sa survenue et son aggravation dans le temps, à défaut d’en être la seule cause pour un individu donné.
Au niveau des avant-bras :
La seule tenue de l’arme (en l’absence de recul) est à l’origine de tensions musculaires également non négligeables, surtout quand on considère les contraintes des très nombreux mouvements de préhension du fusil, de montée à l’épaule, de désépaulement et d’ouverture, réalisés au cours d’une compétition ou d’un entraînement intensif. Pour un droitier, le bras gauche maintient le devant de l’arme, avec une contrainte sur les muscles de l’avant-bras et leurs insertions sur le coude gauche. Celle contrainte peut se trouver majorée par la torsion du poignet provoquée par la position latérale de l’index le long du devant (position très répandue mais pourtant peu physiologique sur le plan musculaire).
La crosse est maintenue par la flexion de l’avant-bras droit sur le bras, sollicitant ainsi les muscles court biceps et coraco-brachial, qui vont subir de surcroît en première ligne la compression de l’effet de recul, mais également les muscles de l’avant-bras, surtout si le dessin ou le « grip » de la poignée pistolet (de la crosse) est mal adapté à la morphologie de la main du tireur.
Tout cela peut aboutir à la tendinite la plus fréquente du coude (celle dont souffre fréquemment le tennisman) : l’épicondylite qui peut donc être droite, gauche ou même bilatérale.
Dr Marc Vouaux
(La prévention et publiée dans l’article suivant)
Les préventions liées aux problèmes du recul
La première partie de cet article a permis de définir le recul et les divers facteurs dont il dépend, et d’envisager les principales conséquences physiques de cette contrainte inéluctable pour le tireur.
Il convient maintenant d’aborder les solutions susceptibles de permettre une meilleure maîtrise de ce phénomène de recul, et qui peuvent être mises en œuvre à différents niveaux.
Au niveau du tireur
Il est classique de penser qu’un tireur de forte corpulence supporte mieux le recul qu’un individu fluet. Mais les choses ne sont pas si simples, car certaines personnes d’apparence physique pourtant puissante, souffrent quand même des désagréments du recul. L’intérêt de disposer d’une bonne condition physique est évident, par exemple en travaillant le tonus musculaire et la souplesse de la région cervicale (par des exercices appropriés) et en développant certains muscles entourant l’épaule comme le deltoïde, le pectoral, le trapèze. qui se situent dans des zones d’absorption directe ou indirecte de l’impact du recul.
La position au moment du tir a également une grande importance, et le tireur doit garder une préhension ferme mais détendue de son arme, sans chercher à l’empêcher de bouger au départ du coup en se crispant sur la crosse et sur le devant.
Le corps ne doit pas être trop penché en avant ni totalement « bloqué » derrière le fusil, tentant désespérément de neutraliser le mouvement de recul, voire de s’y opposer par une poussée de l’épaule en sens inverse. Au contraire, une position souple et naturelle, stable mais non rigide, permet à l’ensemble du corps et surtout à la cage thoracique de mieux encaisser l’onde de choc, les masses musculaires absorbant alors le recul dans un mouvement d’accompagnement et non d’opposition.
Sur le plan vestimentaire, il est préférable de porter un gilet de tir doté, au niveau de l’épaule, d’un renfort de cuir, d’un léger rembourrage, ou mieux d’une poche intérieure contenant une plaque de matériau souple et absorbant.Il faut éviter de porter ce gilet directement sur la peau, mais plutôt sur au moins une épaisseur d’un vêtement muni de manches.
La gestion pratique de l’entraînement doit s’attacher à planifier des séances de tir ni trop longues ni trop rapprochées, en évitant la fatigue physique et la saturation provoquées parfois par l’enchaînement rapide de plus de trois ou quatre séries de 25 plateaux.
Au niveau du fusil
Le choix doit se porter sur une arme d’un poids important, qui doit être la plus lourde possible(3,4 kg ou 3,5 kg semblant un minimum pour une arme de sport) tout en restant compatible avec la morphologie du tireur, et en gardant une maniabilité suffisante pour la discipline pratiquée. La mise en conformité de l’arme (longueur, pente, avantage) revêt une importance capitale dans la mesure où le recul est inévitable et qu’il se transmet au tireur par l’intermédiaire de la crosse à deux niveaux, l’épaule et la joue, sièges possibles de traumatismes en cas de défaut d’adaptation. Une pente de crosse peu marquée (busc haut) permet par ailleurs de diminuer les tensions au niveau des muscles du cou.
Le type d’arme joue un rôle certain, avec un avantage indéniable pour les fusils automatiques (surtout à emprunt de GAZ.) dont le principe de fonctionnement absorbe une bonne partie du recul.
En effet la mise en mouvement des différentes pièces du mécanisme après le départ du coup permet d’étaler le transfert d’énergie vers le tireur sur un laps de temps un peu plus long, ce qui contribue à la sensation d’atténuation du recul.
Les caractéristiques de fabrication du canon peuvent avoir une certaine influence, car nous avons vu que l’importance du recul peut dépendre de la vitesse et de la pression des gaz dans le canon.
Différents moyens, aux dénominations anglo-saxonnes, permettent de diminuer la pression en facilitant le passage de la charge dans le canon.
- En augmentant le diamètre du canon par rapport à la norme du calibre concerné (suralésage : « overboring ou backboring>>).
- En allongeant le cône de raccordement cuire la chambre et l’âme du canon (lengthening forcing come).
- En utilisant des chokes au profil intérieur long et très progressif (tapered choke).
- En essayant de dissiper une partie des gaz juste avant la bouche du canon par un dispositif placé avant le choke (trous d’évent ou barel porting ou à l’extrémité du canon (frein de bouche ou cutts compensator).
Ces deux derniers moyens permettent de plus de diminuer le relèvement des canons après le départ du coup au prix d’une petite perte de vitesse de la charge.Mais surtout il faut insister sur le caractère indispensable d’un dispositif amortisseur sur la crosse, et éviter d’utiliser de manière intensive une arme munie d’un simple talon de crosse en bois ou en plastique rigide.
Divers dispositifs existent, du simple et classique sabot anti-recul en caoutchouc (alvéolé ou non), jusqu’à l’apparition récente de matériaux nouveaux aux propriétés absorbantes très supérieures connue le sorbothane ou le gel de silicone.
Des systèmes plus complexes (voir photos), souvent assez lourds, non répandus en France mais très prisés aux U.S.A. et en Grande-Bretagne, utilisent un mécanisme de compression hydraulique ou à ressorts, interposé entre la crosse et le sabot (lui-même en matière absorbante).
Sur certains modèles, le busc séparé de la crosse est solidaire du talon anti-recul, ce qui atténue nettement la transmission de l’énergie à la joue du tireur.

D’autres comportent un cylindre métallique.Placé à l’intérieur de la crosse ou en avant du magasin sur un fusil automatique, contenant un poids ou parfois du mercure, et bougeant librement d’axant en arrière contre un ressort.
Si l’efficacité réelle de tous ces accessoires est certaine mais très variable et difficile à évaluer, on ne peut nier le bénéfice qu’ils apportent déjà par la seule augmentation du poids de l’arme (avec cependant l’inconvénient d’en modifier la dynamique et l’équilibre général).
Enfin, il faut mentionner la possibilité de recul important provoqué par l’utilisation de fusils à l’ajustage canons bascule défectueux, soit d’origine (mauvaise fabrication), soit en raison d’une usine avancée perturbant le plaquage des canons.
L’espace relativement important entre le culot et la bascule permet à la cartouche de reculer elle-même violemment contre la face antérieure Je la bascule au départ du coup, majorant alors nettement le choc ressenti par le tireur.
Au niveau de la cartouche
En se référant à lu formule de calcul du recul, on voit que les différentes caractéristiques de la cartouche ont un rôle essentiel dans l’intensité plus ou moins grande de l’énergie produite. Ainsi, la quantité d’énergie du recul est proportionnelle au carré de la vitesse des plombs, ainsi qu’au carré du poids de la charge de plomb.
Le choix systématique d’une cartouche rapide ou très rapide, ou d’une cartouche fortement chargée, ou pire encore d’une cartouche ayant ces deux caractéristiques, sera le plus sûr garant d’un recul violent et nocif pour le tireur.
Il faut bien comprendre qu’un recul violent pourra aussi bien être provoqué par une cartouche lourde de 36 grammes, même peu rapide, ou par une cartouche très rapide, même légère de 24 grammes. On ne peut donc que fortement recommander l’utilisation d’un type de cartouches toujours le mieux adapté (en vitesse et en charge de plomb) à la discipline pratiquée et au type de plateau tiré (cas du parcours de chasse), sans rechercher à tous prix l’escalade balistique.
Deux éléments nous semblent importants pour optimiser le confort de tir et préserver l’avenir physique du tireur, au prix d’une évolution des mentalités. D’une part un changement de comportement visant à limiter les coups inutiles, en perdant l’habitude de tirer systématiquement ou presque les morceaux de plateaux déjà touchés, ce qui amène certains tireurs pourtant doués à tirer plus de 300 cartouches sur une compétition en 200 plateaux.
Ce gaspillage d’énergie n’augmente pas le score final, et engendre un surcroît de fatigue physique pouvant influencer défavorablement la performance globale lors d’une épreuve sur plusieurs jours. D’autre part un changement de réglementation dans le cas du parcours de Chasse, en limitant la charge autorisée à 28 grammes ou au maximum 32 grammes, et cette évolution souhaitable devrait se mettre en place prochainement.
CONCLUSION
Comme nous l’avons vu de nombreux facteurs sont susceptibles d’influencer favorablement ou défavorablement l’intensité et la perception du recul par le tireur, ainsi bien sur que les conséquences néfastes de ce phénomène de recul à moyen ou long terme. On peut considérer que le fait de tolérer de moins en moins le recul, voire de ne plus le supporter du tout, est souvent la première cause de la perte du plaisir de tirer, de l’espacement des séances, de la cessation de la compétition, du changement de matériel, et parfois même de l’arrêt du tir.
La peau de chaque être humain est programmée au départ (avec de grandes variations selon les individus) pour assimiler sans dommage une certaine dose de rayons ultraviolets durant toute la vie avant l’apparition plus ou moins tardive de dégâts irréversibles comme l’accentuation des rides ou les cancers cutanés : on parle de « capital soleil ».
Il faut admettre de même que chaque tireur possède un « capital recul », à consommer durant sa carrière, avec une limite (là aussi très variable) au-delà de laquelle il deviendra intolérant aux effets néfastes du recul, et souffrira entre autres de problèmes ostéo-articulaires. Dès lors, il devient primordial de tout mettre en œuvre pour maîtriser au mieux ce phénomène du recul, avant qu’il ne soit trop lard, et pour essayer de privilégier avant tout le confort et le plaisir de tirer le plus longtemps possible. Cette philosophie est d’ailleurs bien résumée par le slogan d’une grande marque américaine de sabots anti-recul : « half the kick, twice the fun « (deux fois moins de recul, deux fois plus de plaisir).
Marc Vouaux, médecin fédéral national
Fonction Visuelle et Ball-Trap
Il est évident que la réussite dans le tir aux plateaux ne peut se concevoir sans une bonne qualité de la vision, qu’elle soit corrigée ou non. En effet, la coordination entre l’œil et la main du tireur guide la bonne réaction devant la cible, elle-même consécutive à une analyse précise de la trajectoire qui est conditionnée par une vision si possible performante.
La vision
C’est la faculté de voir ce qui nous entoure, et elle fait appel à des mécanismes neuro-sensoriels com¬plexes, qui peuvent se trouver perturbés. Dans le cadre de ce qui nous intéresse, il ne s’agit pas de se contenter de regarder simplement le plateau voler, il est question de pouvoir se concentrer visuellement et intensément sur ce plateau. Plusieurs qualités sont alors requises, relatives aux divers processus mis en jeu :
- L’accommodation : capacité de focaliser sa vue clairement à différentes distances.
- L’acuité : capacité de discerner la cible, de la localiser rapidement dans la périphérie du champ visuel, et de concentrer sa vue sur cette cible mobile.
- La convergence : faculté de percevoir une seule image alors que les deux yeux fixent la cible en même temps. La perception de la profondeur et du relief : qualité permettant de percevoir les objets en trois dimensions et de mieux apprécier leur éloignement.
- La vitesse de reconnaissance : rapidité avec laquelle les yeux identifient la cible dans son environnement. Des l’apparition du plateau, tous ces mécanismes, plus ou moins efficaces selon les individus, se mettent en œuvre.
Un mouvement oculaire rapide localise d’abord le plateau, et évalue sa direction, sa vitesse et sa distance.
Puis intervient un mouvement de poursuite visuelle centrée et focalisée sur le plateau. Cela demande un effort de concentration visuelle, et toute distraction générée par un coup d’oeil malencontreux vers un autre objet environnant peut aboutir à un plateau manqué, souvent en raison d’une réaction retardée ou d’un " coup de doigt ".
La concentration visuelle:
Elle est basée sur la focalisation intense de la vue sur le plateau, qui guidera la bonne coordination des mouvements.
Le tireur doit fixer le plateau sans le quitter des yeux jusqu’au moment du tir et ne pas se laisser distraire parce qui l’entoure (décor, changements de couleurs, ombres, bruits, flash, mouvements ou objets situés clans la périphérie de son champ visuel).
Il est possible d’améliorer cette capacité de concentration visuelle par des exercices appropriés, afin d’acquérir des facultés de réponses rapides à des stimuli visuels. Par exemple, on peut s’exercer à fixer en la suivant des yeux une balle de tennis se balançant au bout d’un fil, ou encore à concentrer sa vue alternativement pendant quelques instants sur des perles de couleurs différentes, espacées de plusieurs dizaines de centimètres et enfilées sur un long fil tendu à partir d’un mur et tenu par la main à hauteur des yeux.
L’excès de concentration visuelle peut aboutir à un certain degré de fatigue oculaire.
L’œil directeur
L’un des yeux domine habituellement l’autre dans la fonction d’intégration des stimuli visuels, et il influence bien évidemment l’alignement du fusil et le pointage des canons vers le plateau. Tout tireur doit connaître avec certitude son œil directeur qui même si c’est le cas le plus fréquent, n’est pas obligatoirement l’œil droit pour un droitier, ou l’œil gauche pour un gaucher.
Parfois, un changement d’œil directeur peut intervenir, soit définitivement au cours de la vie (souvent entre 40 et 50 ans), soit de façon temporaire ou intermittente, en cas de fatigue visuelle inhabituelle. Ce changement inopiné est la cause d’une baisse significative des performances, qu’il faudra savoir bien interpréter, sans l’imputer par exemple à un problème de matériel (fusil ou cartouches).
Pour connaître son œil directeur, il suffit pour un droitier de pointer son index vers un objet éloigné en gardant les deux yeux ouverts et de vérifier si l’index reste sur l’objet visé lors de la fermeture de l’œil gauche : si ce n’est pas le cas c’est que l’œil gauche est l’œil directeur. Le tireur concerné par ce délicat problème a l’impression " de ne plus savoir tirer"et trois solutions s’offrent alors à lui :
La plus difficile pour un droitier : apprendre à tirer en épaulant du côté gauche ;
La plus simple : fermer l’oeil gauche au moment du tir ou le masquer, soit avec un cache pivotant sur la monture de lunettes, soit avec une petite pastille collée sur le verre en regard de la pupille (pour diminuer partiellement l’influence prédominante de cet œil).
La plus excentrique : équiper son fusil avec une crosse torsadée et sinueuse dite "de borgne", pour continuer à épauler à droite en alignant les canons dans l’axe de l’œil gauche.
Quoi qu’il en soit, s’il n’existe pas au départ de problème particulier d’oeil directeur, il faut s’efforcer de tirer avec les deux yeux ouverts.
Ce conseil fait l’unanimité parmi les instructeurs de tirs aux plateaux. Même s’il est possible de devenir un tireur performant en tirant avec un œil fermé, il ne faut pas oublier que la qualité de la perception visuelle reste tributaire de l’utilisation des deux yeux (vision binoculaire) à différents niveaux :
- la perception du contraste,
- la vision périphérique,
- l’appréciation du relief
Par ailleurs,la concentration visuelle exercée avec un seul œil risque d’engendrer davantage de fatigue oculaire.
Enfin, pour beaucoup de débutants, le fait de tirer avec un œil fermé incite souvent à viser le plateau, comme une cible avec une carabine, en arrêtant le mouvement, alors que le fusil doit seulement être pointé dans la direction du plateau.
La protection des yeux
Le port de lunettes à l’épreuve des plombs est grandement recommandé, avec des verres larges et incassables, que l’on ait besoin ou non d’une correction optique. Cette recommandation est même une obligation aux Etals-Unis, et le deviendra pour 2004 en Grande-Bretagne.
Un seul plomb ou un petit éclat de plateau peut-être suffisant pour entraîner une grave blessure, voire la perte d’un œil.
Les verres de couleurs différentes peuvent avoir un intérêt selon les conditions de luminosité, comme le jaune par temps gris et sombre, ou le marron par temps très ensoleillé. S’il faut se protéger des rayons ultraviolets, on s’aidera au mieux de la visière d’une casquette, mais il faudra se méfier des verres de couleur grise ou verte foncée qui suppriment tout contraste entre le plateau et l’arrière-fond. Pour certains spécialistes, la couleur recommandée reste " l’absence de couleur".
En effet, plus l’œil du tireur peut tolérer d’intensité lumineuse, plus sa pupille se rétracte, et meilleure sera la perception des détails et du relief (comme sur une photographie prise avec un appareil dont le diaphragme est peu ouvert, améliorant ainsi la profondeur de champ).La fatigue des yeux peut survenir, comme pour tout organe, et certains facteurs jouent un rôle important.
Il faut privilégier :
- Un sommeil d’une durée suffisante pour reposer les yeux.
- Un environnement d’air sain, sans fumée de cigarettes, pour éviter l’irritation des globes oculaires.
- Un temps de repos avant le tir si l’on a fait un long trajet en voiture (nécessitant une attention visuelle soutenue) pour se rendre à une compétition.
Il faut éviter :
- D’être soumis peu avant une compétition à des heures de lecture, devant un livre ou un écran d’ordinateur, focalisant les yeux sur des petits caractères.
- De passer inutilement de longs moments, en attendant son tour, à regarder les innombrables plateaux tirés par les autres compétiteurs, surtout par temps ensoleillé.
- D’abuser de boissons alcoolisées, dont les effets négatifs sont biens connus pour perturber l’évaluation des distances, la vision périphérique et l’adaptation aux variations de luminosité.
Un dernier point à envisager est le clignement des yeux, parfois augmenté en cas de fatigue visuelle et neuro-musculaire, ou en cas de forte luminosité. Il se produit en moyenne 15 à 20 fois par minute, et c’est un mécanisme physiologique normal et nécessaire à la protection et à l’humidification des globes oculaires. Le tireur doit absolument éviter de cligner des yeux pendant toute la durée du processus de poursuite et de dépassement du plateau, et de déclenchement du tir. La durée d’un clignement d’œil étant d’environ 1/5’ de seconde, il faut réaliser que c’est le temps mis par un plateau volant à 90 ou 100 km/h pour parcourir une distance de 5 à 6 mètres. Cette fraction de la trajectoire échappera ainsi totalement au contrôle visuel du tireur.
Docteur Marc Vouaux, médecin fédéral national
Alcool et Performances Sportives
L’homme consomme des boissons alcoolisées depuis des milliers d’années, et l’usage de l’alcool est devenu un véritable problème de société pour la majorité des pays où il est disponible légalement. On considère qu’aujourd’hui l’alcool est la substance psycho active la plus utilisée dans le monde en général, et en France en particulier.
Quatre phénomènes caractérisent les effets de l’alcool sur le psychisme :
- L’appétence, qui est le désir de consommation.
- La répétition et le renforcement de la consommation.
- La tolérance, liée à l’adaptation de l’organisme.
- La dépendance, avec le problème du sevrage lors de l’arrêt du produit.
L’alcool peut donc être classé parmi les drogues, et sa consommation régulière et abusive peut être assimilée à une toxicomanie.
Pourtant, il n’est pas répertorié dans la liste des substances et méthodes interdites par les instances dirigeantes du sport international.
Mais en France, les textes ministériels prévoient la possibilité pour une fédération sportive d’avoir des exigences spécifiques quant aux contrôles et aux sanctions relatives à l’usage de l’alcool (qui fait partie de la classe des substances pouvant être interdites dans certains sports).
1. Les effets de l’alcool
Les effets de l’alcool sur l’organisme humain sont multiples et très variés, dépendant de la quantité ingérée, de la tolérance de l’individu, et de facteurs annexes liés au poids, à l’absorption conjointe ou non d’aliments, et à l’utilisation éventuelle d’autres substances toxiques (par exemple médicaments tranquillisants ou cannabis).Certains effets à distance, survenant en cas d’intoxication chronique et assez ancienne, concernent surtout les organes digestifs (foie, pancréas, estomac).
L’alcool favorise aussi, entre autres, l’hypertension artérielle, l’impuissance sexuelle, et l’apparition de cancers du larynx ou de l’œsophage. Mais ce qui nous intéresse principalement ici, ce sont les effets sur le système nerveux.
Ces effets sont d’autant plus dangereux qu’ils sont contradictoires, avec initialement une stimulation de l’individu, puis progressivement un effet sédatif, entraînant dépression et endormissement.
Ainsi, on connaît bien les trois phases successives de l’ivresse, variant selon le taux d’alcoolémie :
- D’abord une période d’euphorie et d’excitation.
- Puis l’apparition de troubles de la vigilance, de la perception et de l’équilibre.
- Enfin une somnolence ou une torpeur pouvant aller jusqu’au coma.
Les effets psychiques l’alcool agit sur le cerveau comme un euphorisant, apportant un sentiment de bien-être et de détente, l’individu parle facilement, perd sa timidité. Il peut alors surestimer ses capacités et les performances dont il est capable. Cet effet désinhibiteur favorise les contacts et les échanges avec les autres, mais peut aussi faciliter les manifestations de violence ou d’agressivité (passages à l’acte). Ou encore, l’effet antidépresseur passager, ressenti comme bénéfique, peut faire place à un état dépressif en cas d’intoxication chronique.
Les effets neurologiques:
De même qu’il affecte le comportement et les émotions, l’alcool a une action dépressive sur le système nerveux central, ralentissant les fonctions cérébrales, et perturbant le contrôle de l’activité musculaire par les nerfs.
La faculté de prendre des décisions rapides et justes, ou d’accomplir des tâches obligeant à faire attention à plusieurs choses à la fois, se trouve grandement perturbée. Le rythme auquel le cerveau traite les informations se ralentit, la capacité de concentration diminue, et le suivi d’une conversation devient difficile. La coordination musculaire fait défaut et la maladresse apparaît (on laisse échapper des objets). La lenteur de réaction et les troubles de l’équilibre sont déjà les stigmates d’une imprégnation importante. Au total, l’alcool engendre une altération de la vigilance et de la précision des gestes.
Les effets visuels:
L’influence nocive de l’alcool sur la vue est très significative et elle se manifeste à différents niveaux. La capacité d’évaluer les distances se trouve réduite, de même que la capacité de s’adapter aux variations brusques de luminosité (assombrissement ou éblouissement).
L’alcool affecte par ailleurs la capacité de repérer la présence d’objets à la périphérie du champ visuel.
Quelques vérités sur l’alcool:
Contrairement à certaines idées reçues, qui ont cours chez les défenseurs de l’alcool, il faut retenir les points importants suivants :
- L’alcool n’est pas un « remontant », au contraire ses effets nocifs augmentent avec la fatigue.
- L’alcool ne désaltère pas au contraire il favorise la déshydratation des cellules de l’organisme.
- L’alcool ne réchauffe pas, mais il provoque seulement une dilatation des vaisseaux en surface de la peau.
- L’alcool n’est pas un aliment, car les calories qu’il contient ne sont pas stockées par l’organisme. On peut devenir alcoolique très jeune (dès l’âge de 15 ans) et même si l’on ne s’en tient qu’à la bière.
2. L’alcool dans le milieu sportif
Dans les règles de bonnes pratiques sportives, préconisées dans la rubrique « sport et santé » du ministère de la Jeunesse et des sports, l’hygiène de vie générale tient une place importante, et les méfaits de la consommation d’alcool y sont bien soulignés.
Pourtant, le milieu sportif ne se distingue pas des autres et il ne constitue nullement un « sanctuaire » où l’on ne trouverait ni excès, ni violence. On ne peut en effet considérer que la pratique d’un sport constitue à elle seule un rempart contre les excès. La pratique sportive est censée renforcer les capacités de maîtrise, de volonté et d’adaptation, et il est bien évident que les effets de l’alcool vont à l’en-contre de ces louables ambitions. Il est connu que certaines équipes nationales (notamment dans le ski) sont les premières à oublier de temps en temps les consignes les plus élémentaires de sobriété.
Une enquête intéressante, sur les relations entre sport et alcool a été menée auprès d’environ 5000 jeunes dans des centres de sélections du service national et il en ressort que :
80 % d’entre eux pratiquent un sport collectif ou individuel, régulièrement ou occasionnellement
- la bière est le premier produit alcoolisé consommé de manière régulière (par plus de 30 %), avec une consommation deux fois plus élevée que celle des autres boissons alcoolisées (vins, apéritifs).
- Elle apparaît comme la boisson de choix pour la recherche de l’ivresse.
- cette prise régulière de bière est deux fois plus fréquente chez les pratiquants d’un sport collectif que chez les adeptes d’un sport individuel.
- dans les motivations principales, on retrouve des arguments comme : « Ça met de l’ambiance », « C’est une habitude comme une autre », « c’est pour faire comme les copains ». ...
Dans un sport comme le tir, surtout sur cibles mobiles comme il se pratique dans les diverses disciplines de ball-trap trois qualités primordiales sont requises :
Dans le domaine particulier du tir :
Dans un sport comme le tir, surtout sur cibles mobiles comme il se pratique dans les diverses disciplines de ball-trap trois qualités primordiales sont requises :
Bien voir - bien analyser - bien réagir:
Les impacts négatifs de la consommation d’alcool, avec les effets neuropsychiques et sensoriels que nous avons décrits précédemment,s’exercent précisément contre ces trois fonctions.
Sur le plan visuel :
l’alcool diminue l’acuité visuelle, la coordination des yeux, la qualité de la perception du relief et de la vision périphérique.
Sur le plan mental :
l’alcool altère les capacités de jugement, de mémoire, de concentration et d’adaptation à une situation.
Il peut donner au sportif une fausse image de lui-même, car la perte d’inhibition le laisse penser qu’il est meilleur que ce qu’il vaut réellement.
Sur le plan physique :
l’alcool provoque des maux de tête, des tremblements et une perte de dextérité, allonge le temps de réaction, perturbe te sommeil et altère les capacités de récupération musculaire.
3. Conclusion
L’alcool peut séduire par l’impression passagère d’un certain bien-être physique, par le fait qu’il peut favoriser les relations de convivialité au sein d’une équipe sportive, et par son pouvoir limité et transitoire de lever les inhibitions, au point de laisser croire qu’on sera plus endurant fait et les performances vont augmenter. Pour ces raisons, certains de ses défenseurs ont pu même prétendre que de faibles quantités d’alcool étaient supposées favoriser la performance sportive, en diminuant la tension et la peur, et en augmentant la confiance en soi et l’agressivité.
Mais il n’en est rien, et on ne peut imaginer substance plus opposée que l’alcool à la recherche de performances (en particulier dans le domaine du tir) avec son influence négative sur les actions liées à l’équilibre, à la coordination œil-main, et au temps de réaction.
Il faut bien comprendre que les effets nocifs de l’alcool existent même chez ceux qui n’atteignent jamais le stade de l’ivresse, qu’aucun remède ne permet de les combattre, et que l’impact négatif d’une consommation excessive peut être maximal le lendemain. La contre-performance du jour peut donc être due aux abus répétés de la veille ou des jours précédents l’épreuve sportive.
Lors de compétitions importantes, étalées sur plusieurs jours et génératrices d’une accumulation de fatigue (souvent majorée par un éventuel décalage horaire), un sportif de haut niveau pourra ainsi voir ses espoirs de titre ou de podium s’envoler au profit d’un concurrent parfois pas plus doué, mais qui aura su rester sobre jusqu’au résultat final.
Une fois l’épreuve terminée et les cérémonies officielles clôturées, l’arrosage d’une victoire ou d’une récompense reste une tradition bien sympathique que l’on ne saurait décrier si elle ne donne pas lieu à des excès susceptibles de déclencher des comportements (collectifs ou individuels) regrettables, voire inacceptables.
